Un buraliste d’Annecy a été interpellé et placé en garde à vue pour apologie du terrorisme après l’envoi d’un mail menaçant à Charlie Hebdo, en réaction à une Une représentant Salah Abdeslam nu. L’affaire intervient en plein dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015.
Selon Franceinfo, la direction de Charlie Hebdo a déposé plainte mercredi après la réception d’un courriel de menaces envoyé par un buraliste d’Annecy, en réaction à la dernière Une de l’hebdomadaire. Cette couverture représente Salah Abdeslam, seul survivant des commandos du 13 novembre 2015, dessiné nu dans une position suggestive aux côtés d’un personnage présenté comme “Dieu”.
D’après plusieurs médias, l’auteur du mail reproche au journal ce dessin et laisse entendre qu’il ne faudrait pas “se plaindre” en cas de nouvel attentat, ce qui a été interprété comme un message à la fois menaçant et valorisant le terrorisme.
Le message a été transmis à la justice dans un contexte très particulier: la France commémore le dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, revendiqués par l’organisation Etat islamique, qui ont fait 130 morts à Paris et Saint Denis.
La direction de l’hebdomadaire rappelle qu’elle signale désormais systématiquement ce type de message, après l’attentat de janvier 2015 contre sa rédaction qui a coûté la vie à douze personnes.
Pour Charlie Hebdo, laisser passer une telle formulation sans réaction judiciaire reviendrait à banaliser l’apologie des terroristes qui ont frappé la rédaction et, plus largement, les attaques djihadistes commises en France depuis dix ans.
Une garde à vue pour apologie du terrorisme
À la suite de la plainte, le parquet compétent a ouvert une enquête et l’homme mis en cause a été interpellé jeudi 13 novembre puis placé en garde à vue pour apologie du terrorisme.
Ce buraliste d’Annecy, inconnu jusqu’ici de la justice comme des services de renseignement, a également fait l’objet d’une perquisition à son domicile afin de vérifier l’existence éventuelle d’autres éléments à caractère violent ou radical.
Selon RTL, sa garde à vue a été levée dès le vendredi après midi, sans qu’aucune autre mesure ne soit à ce stade rendue publique. Le parquet doit maintenant décider des suites pénales à donner: classement, convocation ultérieure ou comparution devant un tribunal correctionnel.
En droit français, l’apologie du terrorisme est un délit puni de plusieurs années d’emprisonnement et d’amende; elle vise les propos qui présentent ou commentent favorablement des actes qualifiés de terroristes, même sans appel direct à passer à l’action. Des juristes pénalistes rappellent que le contexte, la date des propos et la qualité de la cible, en l’occurrence un journal déjà frappé par un attentat, pèsent dans l’appréciation des juges.
Pour les enquêteurs, l’enjeu est double: qualifier juridiquement le contenu du mail et évaluer le niveau de dangerosité de son auteur, entre coup de colère isolé d’un commerçant et adhésion plus profonde à une idéologie violente.
Un climat de menaces récurrent autour de Charlie Hebdo
Cette affaire s’ajoute à une longue série de menaces reçues par Charlie Hebdo depuis la publication des caricatures de Mahomet et les attentats de 2015. D’après le témoignage régulier de la rédaction, chaque Une liée au terrorisme islamiste ou aux procès d’attentats génère son lot d’insultes, de messages haineux et, parfois, de menaces explicites signalées aux autorités.
Dans le cas présent, le choix de représenter Salah Abdeslam, condamné à la perpétuité incompressible pour sa participation aux attaques du 13 novembre 2015, reste dans la ligne éditoriale de l’hebdomadaire: traiter les auteurs d’attentats comme des personnages de satire, au même titre que les responsables politiques ou religieux.
Pour les défenseurs de la liberté d’expression, le fait qu’un buraliste, c’est à dire un distributeur de presse, soit mis en cause pour un mail menaçant adressé à un journal satirique ajoute une dimension symbolique au dossier. Cela montre que la tension autour de certaines Unes dépasse largement les seuls réseaux sociaux et peut toucher des acteurs de la chaîne de diffusion.
Du côté des autorités, cette nouvelle affaire intervient alors que les pouvoirs publics répètent, à chaque séquence de commémoration des attentats, que la lutte contre l’apologie du terrorisme reste un axe prioritaire de la politique pénale. Les parquets sont incités à poursuivre plus systématiquement ce type de faits, y compris lorsqu’ils prennent la forme de simples messages électroniques.
Reste désormais à savoir si le courriel du buraliste d’Annecy sera jugé comme un débordement isolé, sanctionné mais circonscrit, ou comme un signal de plus d’une radicalisation diffuse, qui continue de cibler tout particulièrement Charlie Hebdo dix ans après le massacre de sa rédaction.