À Coudes, un habitant de 32 ans a été condamné après avoir menacé au couteau le maire, en colère contre la fermeture d’un pont suspendu jugé dangereux par le Cerema.
Un habitant de 32 ans a été condamné en comparution immédiate après avoir menacé au couteau le maire de Coudes (Puy-de-Dôme), qu’il tenait pour responsable de la fermeture d’un pont suspendu sur l’Allier. Selon Le Parisien, le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand lui a infligé 18 mois de prison, dont 6 mois ferme, à l’issue d’une audience lundi 17 novembre. Radio RVA évoque de son côté une peine d’un an d’emprisonnement dont six mois ferme, avec sursis probatoire pour le reste. Dans les deux cas, la partie ferme de la peine est identique, mais le total exact diffère selon les médias.
Une altercation qui dégénère dans le centre de Coudes
Les faits remontent à la semaine dernière. Visiblement alcoolisé, l’homme commence par appeler la mairie pour protester contre la fermeture du pont reliant Coudes à la commune voisine de Parent. Le maire, Laurys Le Marrec, prend lui-même l’appel pour tenter de calmer la situation, mais essuie insultes et menaces, raconte-t-il dans Le Parisien.
L’individu se présente ensuite dans le village, s’en prend à une puéricultrice de la garderie municipale, puis au gérant d’un bar, avant d’être signalé une nouvelle fois à la mairie. Le personnel de la garderie parvient à le tenir à distance des enfants, ce qui évite un surcroît de panique. Quelques instants plus tard, le maire le retrouve allongé sur la chaussée. En s’approchant, l’élu voit l’homme sortir un couteau. Les gendarmes sont immédiatement prévenus et interpellent le trentenaire peu après. Selon Radio RVA, il était fortement alcoolisé et affirme aujourd’hui avoir fait un “black-out” et ne pas se souvenir des faits.
À l’audience, le tribunal a retenu des menaces de mort et une agression sur élu, dans un contexte de violences répétées au cours de la même journée contre plusieurs personnes de la commune.
Un pont suspendu fermé pour risques d’effondrement
Au cœur de cette colère, un ouvrage d’art du XIXe siècle, suspendu au-dessus de l’Allier et très utilisé par les habitants de Coudes pour rejoindre la gare de Parent sur la ligne Issoire–Clermont-Ferrand. Le pont a été fermé le 3 novembre, après les conclusions d’une étude menée par le Cerema, qui alerte sur un risque réel d’effondrement en raison de la corrosion des câbles porteurs et de dégradations structurelles.
Les communes de Coudes et de Parent, copropriétaires de l’ouvrage, expliquent qu’elles n’avaient pas d’autre choix que d’interdire l’accès pour des raisons de sécurité. Le maire de Parent, Vincent Tourlonias, rappelait début novembre que plusieurs alertes techniques avaient déjà été émises depuis le début des années 2000 et que seules des solutions provisoires avaient permis de maintenir, un temps, le passage piéton.
Aujourd’hui, les élus évaluent le coût d’une réouverture partielle aux piétons et aux cyclistes entre 5 et 6 millions d’euros, avec le soutien annoncé du conseil départemental du Puy-de-Dôme. Le maire de Coudes insiste sur le fait que la fermeture vise à “protéger tout le monde”, mais reconnaît que l’impact sur le quotidien des habitants est lourd, notamment pour ceux qui utilisent régulièrement le train.
Les agressions d’élus, un phénomène qui reste préoccupant
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de violences contre les élus locaux. D’après le Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE) du ministère de l’Intérieur, 2 501 faits visant des élus ont été recensés en 2024, soit entre 30 et 40 agressions par semaine, principalement contre des maires et leurs adjoints.
Si ces chiffres sont en légère baisse par rapport à 2023, le niveau reste jugé “préoccupant” par les pouvoirs publics. Les maires concentrent à eux seuls près des deux tiers des violences recensées, en raison de leur exposition quotidienne et de la proximité avec les habitants.
Le gouvernement met en avant la loi du 21 mars 2024, qui a aggravé les sanctions pénales en cas d’agression contre un élu local, et un “pack sécurité” destiné à mieux accompagner les maires qui portent plainte. Mais sur le terrain, beaucoup d’élus rappellent que chaque nouvelle agression fragilise un peu plus la démocratie locale. À Coudes, le maire a choisi de maintenir le cap sur la sécurité du pont tout en appelant au calme et au dialogue, refusant que la violence prenne le pas sur la décision publique.