À Lamarque, en Gironde, Jennifer Bertrand a été condamnée à 18 ans de réclusion pour le meurtre de ses jumelles de 3 mois. La cour a retenu l’altération de son discernement liée à une dépression post-partum, relançant le débat sur la prise en charge psychiatrique des jeunes mères.
La cour d’assises de la Gironde a condamné vendredi 14 novembre Jennifer Bertrand, 37 ans, à dix-huit ans de réclusion criminelle pour le meurtre de ses jumelles de 3 mois, mortes asphyxiées le 19 décembre 2022 au domicile familial de Lamarque, dans le Médoc. La peine suit les réquisitions du parquet et s’accompagne d’un suivi socio-judiciaire avec obligation de soins.
Selon plusieurs médias, la jeune femme a reconnu avoir posé des doudous sur le visage de ses filles, Ambre et Emma, en appuyant avec sa main “pendant une minute environ”, tout en affirmant qu’elle voulait “les apaiser”, et non les tuer.
Les jurés ont retenu la qualification de meurtre sur mineures de moins de 15 ans, mais en reconnaissant une altération de son discernement au moment des faits, liée à un trouble psychique sévère. À l’issue de trois jours d’audience, le verdict laisse une famille brisée, un père endeuillé et une mère qui a répété à la barre que “sa vie s’est arrêtée” avec la mort de ses filles.
Pour les magistrats comme pour les experts venus témoigner, l’enjeu était de tenir ensemble deux réalités difficiles à regarder en face: un geste meurtrier sur deux nourrissons, et un effondrement psychiatrique majeur, documenté depuis des mois.
Une dépression post-partum au coeur du dossier
Au moment du drame, Jennifer Bertrand sortait de près de deux mois d’hospitalisation à l’hôpital psychiatrique Charles-Perrens de Bordeaux, dans une unité mère-enfant spécialisée dans la dépression post-partum. Elle avait quitté l’établissement dix-sept jours avant la mort des jumelles et restait suivie en hôpital de jour, sous traitement lourd.
Les témoins entendus à l’audience ont décrit une femme “solaire” et “pétillante” avant la naissance, devenue en quelques semaines envahie par des idées suicidaires, des attaques de panique et un sentiment de dévalorisation extrême.
D’après les expertises, cette dépression post-partum résistante aux soins a plongé la mère dans ce que l’un des psychiatres a qualifié d’”impasse psychique”: incapacité à se projeter, fatigue écrasante, rumination permanente autour de la peur de mal faire et de l’idée de disparaître. L’accusée avait même envisagé le placement ou l’adoption de ses filles, cherchant selon ses avocats une “sortie” à une situation qu’elle ne parvenait plus à gérer.
Cette trajectoire a alimenté un débat de fond pendant le procès: jusqu’où la dépression post-partum peut-elle altérer la volonté et le discernement, et à partir de quand la justice considère-t-elle que la personne reste pénalement responsable de ses actes, malgré la maladie.
Altération du discernement et responsabilité pénale
Les experts psychiatres entendus devant la cour ont convergé sur un point: Jennifer Bertrand présentait bien un “trouble psychique” majeur au moment des faits, mais ce trouble n’abolissait pas totalement sa capacité de discernement.
En droit français, l’article 122-1 du Code pénal distingue deux situations: l’abolition du discernement, qui entraîne l’irresponsabilité pénale, et l’altération du discernement, qui n’efface pas la responsabilité mais permet une réduction du maximum de peine encourue. L’avocat général a insisté sur le caractère “fort” et “déterminé” du geste, estimant qu’il ne pouvait être assimilé à une simple tentative d’apaisement d’enfants agités
La défense plaidait, elle, une abolition du discernement et dénonçait des réquisitions “particulièrement lourdes” au regard de précédentes affaires d’infanticide liées à des pathologies psychiatriques, où des peines plus courtes avaient été prononcées. En suivant les réquisitions, les jurés ont choisi une voie intermédiaire: reconnaître l’altération et en tenir compte, sans aller jusqu’à l’irresponsabilité pénale. Le résultat est une peine de dix-huit ans, assortie d’un suivi socio-judiciaire de plusieurs années, avec injonction de soins et menace d’incarcération supplémentaire en cas de manquement.