A Marseille, le petit frère du militant anti-narcotrafic Amine Kessaci a été abattu en plein jour. Le parquet explore la piste d’un assassinat d’intimidation, sur fond de lutte contre le narcobanditisme.
Jeudi 13 novembre, vers 14 h 30, un jeune homme de 20 ans a été abattu alors qu’il venait de garer son véhicule au rond-point Claudie Darcy, dans le 4e arrondissement de Marseille, face au siège du conseil départemental et à deux pas du Dôme. Selon le procureur de Marseille cité par Le Nouvel Obs, deux hommes à moto se sont portés à hauteur de la voiture avant que le passager arrière n’ouvre le feu à plusieurs reprises, des étuis de calibre 9 mm étant ensuite retrouvés sur place.
D’après plusieurs médias nationaux, la victime se trouvait au volant d’un Audi Q3 appartenant à sa sœur lorsqu’elle a été prise pour cible, en pleine journée, dans un secteur plutôt fréquenté.
Le parquet a immédiatement ouvert une enquête pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, confirmant le recours à un mode opératoire de type commando déjà observé dans d’autres règlements de comptes marseillais.
Les deux auteurs sont parvenus à prendre la fuite sur leur deux-roues et étaient toujours activement recherchés ce vendredi matin, alors que la police scientifique a longuement travaillé sur la scène de crime.
Ce nouveau meurtre par balles s’inscrit dans une série de “narchomicides” recensés à Marseille depuis le début de l’année, même si le lien précis avec le narcobanditisme n’est pas établi à ce stade de l’enquête.
Un cadet de 20 ans, sans casier, qui voulait devenir policier
Selon Le Monde et Le Nouvel Obs, la victime est le petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste marseillais et fondateur de l’association Conscience, connu pour son combat aux côtés des familles frappées par les règlements de comptes. Les mêmes sources indiquent que le jeune homme, âgé de 20 ans, était “inconnu de la police comme de la justice” et se préparait à repasser le concours de gardien de la paix afin d’intégrer la police nationale.
Pour les proches cités par l’AFP et repris par plusieurs rédactions, il ne vivait pas de trafics mais d’un quotidien classique de jeune adulte, partagé entre projet professionnel, vie de quartier et perspectives d’emploi.
La famille Kessaci avait déjà été frappée en 2020 par l’assassinat de l’aîné, Brahim, tué sur fond de trafic de drogue puis retrouvé calciné dans un véhicule, un dossier devenu emblématique de la violence des réseaux marseillais.
Depuis ce premier meurtre, Amine Kessaci s’est imposé comme une figure des quartiers nord, en portant publiquement la parole des familles endeuillées et en défendant des réponses politiques plus fermes contre les réseaux de stupéfiants.
La piste d’un message d’intimidation contre un militant très exposé
Interrogé sur TF1, le maire de Marseille Benoît Payan a confirmé que le parquet n’excluait pas l’hypothèse d’un “assassinat d’avertissement”, c’est-à-dire d’un meurtre destiné à envoyer un signal à Amine Kessaci, déjà la cible de menaces.
Selon France Bleu et Franceinfo, le procureur de Marseille a clairement indiqué que cette piste “n’est pas exclue à ce stade”, tout en rappelant que les investigations ne font que commencer et qu’aucune qualification définitive ne peut encore être posée. D’après Le Monde, la victime a été atteinte de plusieurs projectiles, au moins six impacts étant mentionnés, ce qui renvoie à un mode opératoire d’exécution plutôt qu’à une altercation spontanée.
Amine Kessaci bénéficiait déjà d’une protection judiciaire depuis la parution, en octobre, de son livre “Marseille, essuie tes larmes. Vivre et mourir en terre de narcotrafic”, présenté comme une longue lettre adressée à son grand frère assassiné.
Plusieurs responsables politiques, notamment du camp écologiste, soulignent que si la thèse de l’intimidation ciblée contre un militant anti-narcotrafic venait à être confirmée, il s’agirait d’un saut qualitatif dans la stratégie des réseaux criminels.
Une famille symbole et un défi ouvert à l’Etat de droit
Le Monde parle d’un “défi lancé à l’Etat de droit” après ce second assassinat dans la même fratrie, dans la deuxième ville de France, en plein après-midi, à proximité d’institutions publiques majeures.
Pour Benoît Payan, cité sur LCI, un assassinat d’intimidation, s’il était avéré, marquerait “un cran” supplémentaire, assimilable à une volonté assumée de tester la capacité de l’Etat à protéger ceux qui dénoncent le narcobanditisme. Des magistrats et policiers spécialisés, régulièrement interrogés sur Marseille, rappellent que les “narchomicides” se renforcent lorsque les réseaux se sentent à la fois menacés par la concurrence et par la médiatisation de leurs méthodes, ce qui pousse à cibler parfois l’entourage de figures publiques plutôt que les seuls acteurs du trafic. Dans ce contexte, la famille Kessaci devient malgré elle un symbole national des familles victimes du narcotrafic, entre deuil répété, engagement associatif et exposition médiatique de plus en plus forte.
Au-delà de l’émotion, ce dossier risque de peser sur le débat en cours sur les moyens consacrés à la lutte contre le narcobanditisme, la protection des témoins et des militants, ainsi que sur l’équilibre entre action policière, politique pénale et investissements sociaux dans les quartiers populaires de Marseille.