Jeudi 13 novembre, les secours sont intervenus dans un appartement de Brest après l’appel d’une voisine qui disait avoir entendu des coups de feu. Sur place, les pompiers ont découvert le corps d’une femme de 30 ans et celui de son compagnon de 36 ans. Une carabine a été retrouvée à proximité du corps de l’homme, selon le parquet de Brest.
Le procureur évoque clairement la piste d’un féminicide suivi d’un suicide. Les deux victimes vivaient en couple, d’origine albanaise, dans ce logement où le drame s’est joué en pleine journée.
Le couple avait deux enfants, absents au moment des faits. Ils ont été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance et placés sous protection, le temps que les services sociaux et la justice évaluent la situation.
L’enquête, confiée aux policiers de Brest, doit encore préciser le déroulé exact des faits, l’heure des tirs et la chronologie des derniers échanges entre la victime et son compagnon.
Comme dans la plupart des crimes conjugaux, le domicile a une nouvelle fois été le lieu du passage à l’acte. En 2024, 90 % des féminicides et homicides conjugaux ont été commis au domicile du couple ou de l’un des deux partenaires, d’après l’étude nationale annuelle du ministère de l’Intérieur.
Un signalement pour jalousie pathologique et contrôle coercitif
Le 23 octobre, soit trois semaines avant sa mort, la jeune femme s’était rendue au commissariat de Brest pour signaler des violences psychologiques de la part de son compagnon. Elle avait décrit une “jalousie pathologique” et un “contrôle coercitif”, tout en excluant des violences physiques et sans déposer formellement plainte, selon le procureur de la République.
Dans le même temps, un signalement médical avait été adressé au parquet, ce qui avait déclenché une évaluation par une association spécialisée et l’ouverture d’une enquête de police. Le père devait être orienté vers un praticien spécialisé, toujours d’après le parquet.
Face aux services, la mère de famille avait quitté le domicile avec les deux enfants et avait été hébergée dans un centre d’hébergement d’urgence. Elle avait cependant refusé l’attribution d’un téléphone grave danger, estimant prioritaire que son conjoint se soigne plutôt que de s’engager dans une logique de rupture radicale.
Le parquet indique qu’elle venait de regagner récemment le domicile conjugal au moment du drame, alors même que l’enquête sur les faits signalés n’était pas terminée. C’est dans ce contexte de retour au foyer, sous tension, que le passage à l’acte s’est produit.
Pour les associations, ce type de trajectoire illustre un point aveugle récurrent: les victimes ne se vivent pas toujours comme “en danger de mort”, surtout lorsque la violence est d’abord psychologique, et peuvent minimiser le risque en espérant une amélioration du comportement du conjoint.
Le contrôle coercitif, un signe d’alerte encore sous-estimé
Le terme de “contrôle coercitif”, utilisé par la victime, renvoie à une forme de violence conjugale qui ne se limite pas aux coups. Des travaux du CN2R et de plusieurs structures spécialisées le décrivent comme un ensemble de comportements destinés à dominer, isoler et rendre l’autre dépendant: surveillance des déplacements, jalousie permanente, interdiction de certaines relations, pressions financières, menaces voilées ou chantage émotionnel.
Ce mode de contrôle peut exister sans qu’aucun coup ne soit porté. Il s’installe souvent progressivement, jusqu’à ce que la victime ait le sentiment de vivre “en cage”, avec peu de marge de décision et une peur constante des réactions du conjoint.
Plusieurs experts de la lutte contre les violences conjugales rappellent que ce contrôle coercitif est un facteur de risque majeur de passage à l’acte. Il témoigne d’une volonté de maîtrise totale de l’autre, qui peut se transformer en violence physique grave lors d’une séparation, d’un départ ou d’un simple refus.
En France, les violences psychologiques au sein du couple sont déjà incriminées, mais leur preuve reste difficile et nécessite de documenter l’emprise. Des juristes et associations plaident pour la reconnaissance explicite du contrôle coercitif comme infraction autonome, afin de mieux identifier ces situations et d’intervenir plus tôt.
107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.
Source : données consolidées 2024
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