Après une chronique où Pierre-Emmanuel Barré a comparé la police et la gendarmerie à “Daech avec la sécurité de l’emploi”, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a saisi la justice. Radio Nova défend la liberté d’expression de son humoriste, sur fond de tensions autour de l’humour politique et des forces de l’ordre.
Selon Franceinfo, la séquence remonte à l’émission “La Dernière”, diffusée dimanche sur Radio Nova puis mise en ligne le lendemain. Dans sa chronique, Pierre-Emmanuel Barré s’en est pris frontalement à la police et à la gendarmerie, présentées comme des “institutions structurellement violentes, racistes et déresponsabilisantes”, en les accusant de viols, de mutilations et de meurtres.
L’humoriste pousse la provocation plus loin avec une formule qui a immédiatement déclenché la polémique: pour lui, “la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi”. Des propos tenus quelques jours avant les commémorations des attentats du 13 novembre 2015, ce qui renforce l’onde de choc dans les rangs policiers.
Toujours d’après ces mêmes sources, Pierre-Emmanuel Barré ne s’est pas limité aux forces de l’ordre. Il a aussi ciblé personnellement Laurent Nuñez en revenant sur son bilan à la tête de la préfecture de police de Paris, mêlant insultes et attaques sur sa gestion de l’ordre public.
La séquence s’inscrit dans le ton revendiqué de “La Dernière”, émission satirique de Guillaume Meurice où la provocation politique est assumée. Mais cette fois, la chronique dépasse le cadre habituel de la polémique radio pour devenir un dossier judiciaire porté par le ministre de l’Intérieur lui-même.
Une plainte pour défendre l’institution policière
D’après l’entourage du ministre cité par Franceinfo et CNews, Laurent Nuñez a adressé dès lundi une “lettre plainte” au parquet de Paris pour dénoncer des propos jugés “inqualifiables”. Le ministre estime que comparer la police et la gendarmerie à une organisation terroriste relève d’un franchissement de ligne, en particulier au moment où la France rend hommage aux victimes du 13 Novembre et aux forces qui ont répondu aux attentats.
Le JDD précise que la plainte vise à la fois l’atteinte portée à l’honneur et à la considération des forces de l’ordre et les insultes publiques visant un ministre en exercice. Ce choix assume une stratégie claire: ne pas laisser prospérer, sans réaction institutionnelle, une assimilation directe entre policiers français et jihadistes de l’Etat islamique.
Dans le même temps, des organisations syndicales de police se sont engouffrées dans la brèche. Le syndicat Un1té a dénoncé des “propos immondes”, rappelant que ces mots sont prononcés alors que la nation honore des policiers tués ou blessés en intervention, notamment lors des attentats de 2015.
Pour la place Beauvau, l’affaire dépasse le simple registre de l’humour noir. Il s’agit de répondre à une remise en cause globale de la légitimité de la police et de la gendarmerie, au moment où ces institutions sont déjà sous forte pression médiatique et politique sur les questions de violences, de racisme et de contrôle de l’usage de la force.
Radio Nova répond en brandissant la liberté d’expression
Face à la plainte du ministre, Radio Nova a pris publiquement position. Dans un communiqué transmis à l’AFP et relayé notamment par Télérama et Le Monde, la station affirme qu’elle “n’acceptera aucune menace de quelque nature que ce soit” contre ses humoristes et ses collaborateurs. La direction défend la liberté d’expression comme un pilier de la démocratie et présente l’humour, même abrasif, comme un espace de critique nécessaire du pouvoir.
Radio Nova rappelle que “La Dernière” est une émission satirique, construite autour de chroniques qui bousculent l’actualité politique, sociale et policière. La station assume le registre de l’exagération et de la caricature, en considérant que le public identifie le décalage propre au genre humoristique.
Pour autant, la radio se retrouve à son tour au coeur du débat. En soutenant son chroniqueur, elle se place sur la ligne de crête entre défense de la liberté de ton et responsabilité éditoriale. L’affaire intervient alors que d’autres polémiques récentes ont déjà mis en lumière les tensions entre humour politique et infractions pénales possibles, qu’il s’agisse d’injure, de diffamation ou de provocation à la haine.
La chronologie, très resserrée, explique aussi la crispation: chronique diffusée dimanche, mise en ligne lundi, plainte du ministre le même jour, réactions syndicales et prises de position de la radio dans les jours suivants. Le dossier pourrait rapidement être confié à un magistrat, avec une enquête sur la qualification exacte des propos incriminés.