La tribune publiée par Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance Police Nationale, et relayée par Actu17, s’inscrit dans une série d’alertes émanant depuis plusieurs années des forces de l’ordre. Mais par son ton et par le moment choisi, elle dépasse le registre habituel de l’expression syndicale pour poser une question plus large : la Police nationale est-elle aujourd’hui en capacité d’assurer durablement ses missions dans les conditions actuelles ?
Dans ce texte, le responsable syndical ne revendique ni avantages catégoriels ni revalorisation salariale. Il décrit une situation qu’il juge critique, marquée par l’épuisement des personnels, la dégradation du climat sécuritaire et un sentiment de rupture entre la police et les institutions qu’elle sert. L’appel à la mobilisation du 31 janvier est présenté non comme un mouvement revendicatif classique, mais comme un signal d’alerte adressé à la fois aux pouvoirs publics et à la société.
Au cœur de cette prise de parole figure un constat largement partagé sur le terrain : une surcharge chronique de missions, une exposition croissante à la violence et un malaise profond face à la judiciarisation de l’action policière. Les policiers sont de plus en plus sollicités pour gérer des situations qui dépassent le strict champ de la sécurité, dans un contexte de tensions sociales, de recul de certains services publics et de fragilisation du lien civique. Cette accumulation alimente un sentiment de lassitude, mais aussi d’isolement.
La tribune met également en lumière ce que de nombreux agents perçoivent comme un affaiblissement de la protection institutionnelle. Protection juridique, soutien hiérarchique, reconnaissance politique : autant de dimensions que les policiers estiment insuffisantes face aux risques encourus dans l’exercice quotidien de leur mission. Cette perception, qu’elle soit ou non partagée par l’ensemble des acteurs, pèse sur l’engagement des personnels et sur l’attractivité du métier.
En filigrane, le texte pose une question essentielle pour le citoyen : que se passe-t-il lorsque la police devient le dernier rempart face à des désordres multiples, sans disposer des leviers nécessaires pour agir sereinement ? L’alerte ne porte pas uniquement sur le sort des policiers, mais sur la capacité de l’État à garantir l’ordre public dans un cadre républicain respectueux des droits et des libertés.
Sans entrer dans la surenchère ni dans la menace, Fabien Vanhemelryck évoque un risque de point de bascule. Une police fragilisée, démotivée ou inhibée par la crainte permanente de la sanction peut voir son efficacité diminuer, au détriment de la sécurité collective. Ce constat, déjà formulé par plusieurs rapports et travaux institutionnels ces dernières années, trouve ici une expression directe et assumée.

Reste désormais la question de la réponse politique. L’alerte lancée par Alliance Police Nationale s’inscrit dans un débat plus large sur les moyens alloués à la sécurité, l’articulation entre prévention, répression et justice, ainsi que sur la place de la police dans une société traversée par des tensions multiples. Ignorer ce signal reviendrait à repousser encore un peu plus un débat de fond sur l’avenir de la Police nationale et, au-delà, sur la capacité de l’État à faire respecter l’ordre républicain.
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