Au tribunal de Diekirch, le procès du meurtre de Diana Santos se joue entre versions contradictoires, indices matériels accablants et absence du neveu présumé impliqué, réfugié au Maroc. Le principal accusé, Said, reconnaît avoir participé au démembrement du corps mais nie toujours être l’auteur du meurtre.
L’affaire remonte à septembre 2022. Le 19 septembre, un tronc humain est découvert à Mont-Saint-Martin, en Meurthe-et-Moselle, près de la frontière luxembourgeoise. Quelques semaines plus tard, d’autres parties du corps sont retrouvées en Allemagne, à Temmels, de l’autre côté de la Moselle. Les analyses permettent d’identifier la victime : Diana Santos, ressortissante portugaise de 40 ans, installée à Diekirch au Luxembourg.
Très vite, l’enquête luxembourgeoise cible l’entourage proche de la victime. Deux hommes apparaissent au centre du dossier : Said, un Marocain d’une cinquantaine d’années, ancien amant de Diana, et son neveu Gibran, avec lequel la quadragénaire avait contracté un mariage blanc.
Les investigations, menées des deux côtés des frontières, mettent en évidence une scène de crime présumée dans la maison de Diekirch, où vivaient Diana et Gibran. Des traces de sang sont retrouvées dans la chambre à coucher, le couloir, la cave et la cuisine. Selon les expertises, la victime aurait eu la gorge tranchée avant que son corps ne soit découpé puis dispersé.
Un accusé épris qui se contredit à la barre
Depuis le 10 novembre, Said comparaît devant le tribunal d’arrondissement de Diekirch pour répondre d’un meurtre d’une rare violence. D’après RTL Infos, il reconnaît avoir participé au démembrement du corps, mais nie être l’auteur du coup mortel.
Les auditions ont mis en lumière un homme présenté comme très amoureux de Diana, multipliant les messages enflammés et les attentions, mais se montrant d’un sang-froid déroutant à l’audience. Le psychiatre mandaté par la justice a décrit un prévenu qui raconte les faits avec une distance étonnante, peu d’émotion apparente, sans présenter de trouble psychiatrique avéré.
Les enquêteurs et le président de la cour ont longuement insisté sur ses changements de version. Lors de ses sept auditions, Said a modifié à plusieurs reprises son récit, tant sur le déroulé des faits que sur l’emploi du temps du jour du crime. L’enquêteur principal pointe des incohérences récurrentes : localisation de la scène de crime, justification du déménagement du lit ou encore explications fournies pour la disparition de certains objets comme le matelas ou le réfrigérateur.
Interrogé sur ses sentiments après la mort de celle qu’il disait aimer, le prévenu admet seulement s’être senti “un peu triste”, une réponse jugée décalée au regard de la relation qu’il revendiquait avec Diana Santos. C’est ce contraste entre la passion affichée et la froideur des réponses qui nourrit le malaise relevé par la cour.
Le neveu en fuite au Maroc au coeur des débats
Face aux juges, Said désigne un autre homme comme responsable direct : son neveu Gibran. Selon lui, c’est ce dernier qui aurait poignardé Diana lors d’une dispute, notamment à propos d’argent lié à leur mariage blanc. Il affirme n’avoir fait “qu’aider” après coup pour se débarrasser du corps, au nom d’un lien quasi filial avec son neveu.
Cette ligne de défense se heurte cependant aux éléments matériels. Les relevés téléphoniques montrent des échanges quotidiens entre Said et la victime jusqu’au 18 septembre 2022, puis un silence total. Les images de vidéosurveillance détaillent leurs allées et venues le jour des faits, avec des horaires précis d’arrivée et de départ au domicile de Diana.
Surtout, Gibran a quitté le Luxembourg pour le Maroc peu après la disparition de la quadragénaire. Depuis l’étranger, il a accusé son oncle dans des déclarations relayées par la justice luxembourgeoise. Les autorités marocaines, elles, refusent pour l’instant de l’extrader, ce qui complique le travail des juges luxembourgeois et laisse une partie du dossier en suspens.
La défense de Said exploite cette absence. Son avocate, Me Naïma El Handouz, souligne les zones d’ombre et les contradictions possibles dans les propos du neveu, qui n’est pas là pour être interrogé à la barre. Elle insiste sur le fait qu’à ce stade, aucune reconstitution complète et incontestable du scénario n’a émergé, malgré le poids des indices contre son client.
Un procès sous forte pression au tribunal de Diekirch
Pour le parquet de Diekirch, le mobile principal demeure la jalousie. Les magistrats retiennent l’hypothèse d’un homme épris, incapable d’accepter que Diana Santos tourne la page et construise un projet de vie avec un autre. Le ministère public vise une condamnation pour assassinat, ou à défaut pour meurtre, en insistant sur la détermination et la violence des actes commis.
Les parties civiles attendent du procès qu’il apporte des réponses sur le rôle exact de chacun, mais aussi sur le calvaire vécu par la victime dans les heures précédant sa mort. Les expertises ont déjà documenté une mise à mort particulièrement brutale, suivie d’un démembrement méthodique attribué à quelqu’un habitué à découper de la viande. Un profil qui correspond, selon les experts, au parcours de Said, décrit comme boucher bénévole pour une association.
Pour l’instant, le prévenu persiste : “Je n’ai pas tué Diana, c’est Gibran qui l’a fait”, répète-t-il à la barre, tout en admettant avoir participé à la dissimulation du corps. Les juges, eux, s’attachent à confronter chaque déclaration aux traces laissées par la vidéosurveillance, la téléphonie, les prélèvements biologiques et les expertises de terrain. La suite des débats doit se poursuivre avec le réquisitoire du parquet puis la plaidoirie de la défense, avant que la cour ne se retire pour délibérer.