Face à la hausse de l’usage récréatif de protoxyde d’azote, la préfète de la Drôme renforce l’encadrement du “gaz hilarant” : interdiction de vente aux mineurs, restrictions dans les bars et débits de tabac, interdiction de consommation et de détention sans motif légitime dans l’espace public et rappel des risques neurologiques graves liés à ce gaz.
Face à la hausse de la consommation de protoxyde d’azote, en particulier chez les jeunes, la préfète de la Drôme vient de signer un nouvel arrêté qui durcit très nettement le cadre autour de ce gaz utilisé comme “gaz hilarant”. Selon la préfecture, ce texte vise à limiter à la fois les possibilités d’achat et les usages dans l’espace public, dans un département où les services de l’État constatent une progression jugée préoccupante du phénomène.
Le premier axe de l’arrêté concerne la protection des mineurs. La préfecture rappelle explicitement qu’il est interdit de vendre ou d’offrir du protoxyde d’azote à toute personne de moins de 18 ans, quel que soit le conditionnement. Cette interdiction reprend le cadre posé au niveau national par le code de la santé publique et vient le rappeler au plan local, alors que le gaz reste facilement accessible sous forme de cartouches pour siphons à chantilly ou de bonbonnes de grande capacité.
Même pour les majeurs, l’accès au produit est désormais restreint dans certains lieux. L’arrêté préfectoral indique que la vente ou l’offre de protoxyde d’azote est interdite dans les débits de boissons et les débits de tabac. En ciblant ces points de vente, les pouvoirs publics cherchent à limiter les achats impulsifs, souvent réalisés en soirée dans un contexte festif, alors que le produit est détourné de son usage alimentaire pour être inhalé à des fins récréatives.
Le coeur du texte porte toutefois sur l’usage du “proto” dans l’espace public. Dans l’ensemble des espaces publics du département de la Drôme, la consommation, la détention, le port, l’usage détourné à des fins récréatives et le transport sans motif légitime de protoxyde d’azote sont désormais interdits, selon l’arrêté publié au recueil des actes administratifs. Autrement dit, le fait de circuler avec des bonbonnes et des cartouches pour un usage de loisir, de les utiliser sur la voie publique ou dans les parcs, ou d’en stocker sans justification professionnelle ou médicale peut être sanctionné.
La préfecture insiste aussi sur l’impact environnemental de ces pratiques. Le dépôt ou l’abandon de cartouches, de bonbonnes ou de tout récipient ayant contenu du protoxyde d’azote sur la voie publique est expressément prohibé. Les services de propreté et les opérateurs de traitement des déchets alertent depuis plusieurs années sur les risques pour les incinérateurs lorsque ces bonbonnes se retrouvent dans les ordures ménagères, ainsi que sur la multiplication des déchets métalliques sur les trottoirs et dans les espaces verts. Les forces de l’ordre sont chargées de contrôler l’application des interdictions et de verbaliser les contrevenants.
Dans sa communication, la préfecture rappelle que le protoxyde d’azote est à l’origine un gaz utilisé en cuisine, notamment dans les cartouches pour siphons à chantilly, mais aussi en médecine sous contrôle strict. Son inhalation à des fins récréatives constitue donc un détournement de l’usage initial, qui touche particulièrement les jeunes adultes et les mineurs. Selon les autorités, ce détournement s’est accéléré ces dernières années, avec des scènes répétées de consommation sur les parkings, dans les soirées étudiantes ou au volant, comme l’ont également signalé d’autres préfectures et la délégation à la sécurité routière.
Pour justifier ce durcissement, la préfecture met en avant des risques sanitaires clairement identifiés. Parmi les effets immédiats cités figurent l’asphyxie par manque d’oxygène, la perte de connaissance, une désorientation brutale et des chutes, avec parfois des blessures graves. L’inhalation peut aussi entraîner des brûlures liées au froid du gaz lors de son expulsion, en particulier au niveau de la bouche et des voies respiratoires. Ces effets peuvent apparaître en quelques secondes après l’inhalation, ce qui expose directement la personne qui consomme, mais aussi son entourage lorsqu’elle se trouve dans l’espace public ou au volant.
La préfecture de la Drôme insiste également sur les conséquences d’une consommation répétée ou à forte dose. Les autorités sanitaires ont documenté des atteintes neurologiques sévères, notamment au niveau de la moelle épinière, des carences en vitamine B12 responsables d’anémies, des troubles psychiques et des accidents vasculaires cérébraux. Ces complications peuvent laisser des séquelles durables, avec des troubles de la marche, des difficultés motrices et des atteintes cognitives chez des patients parfois très jeunes.
Enfin, le texte rappelle la responsabilité des adultes dans la diffusion de ces usages. La préfecture souligne que le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné du protoxyde d’azote est puni d’une amende pouvant atteindre 15 000 euros, conformément au cadre législatif adopté au niveau national pour protéger les mineurs des usages dangereux de ce gaz. En combinant ce rappel de la loi avec des restrictions locales renforcées, la préfète entend freiner la banalisation du “proto” dans les soirées et sur l’espace public, tout en rappelant l’ampleur des risques immédiats et à long terme liés à ce gaz lorsqu’il est utilisé à des fins récréatives.