À Roubaix, Manel, 17 ans, a été retrouvée morte dans son appartement où de nombreuses bonbonnes de protoxyde d’azote ont été découvertes. Une enquête est ouverte et le drame relance le débat sur ce gaz prisé des jeunes.
Une adolescente de 17 ans, Manel, originaire de Villeneuve-d’Ascq, a été retrouvée morte dimanche 16 novembre dans un appartement du quartier de l’Hommelet, à Roubaix. De nombreuses bonbonnes de protoxyde d’azote ont été découvertes sur place. Si ce gaz est fortement suspecté, les causes exactes du décès restent à confirmer par les médecins légistes.
Une adolescente retrouvée morte dans son appartement
Dimanche vers 15 heures, des voisins inquiets de ne plus avoir de nouvelles de la jeune fille alertent les secours. Pompiers et policiers découvrent alors Manel sans vie dans un logement de la rue Drouot, ainsi que plusieurs bonbonnes de protoxyde d’azote, selon le parquet de Lille et des sources policières citées par l’AFP.
Les enquêteurs doivent désormais établir si le décès est directement lié à une consommation massive de ce gaz, couramment inhalé à des fins récréatives. Une enquête a été ouverte, notamment pour homicide involontaire, et confiée au commissariat de Roubaix.
En attendant les conclusions médico légales, les autorités appellent à la prudence sur le lien de causalité, même si le contexte retrouvé dans l’appartement renvoie à un mode de consommation bien identifié chez les adolescents et jeunes adultes.
Un gaz banal détourné, aux effets parfois dramatiques
Le protoxyde d’azote est utilisé à l’origine en médecine ou dans l’industrie alimentaire, notamment pour les siphons de chantilly. Depuis plusieurs années, son usage détourné comme gaz dit hilarant s’est banalisé, en particulier chez les 18-24 ans, comme le rappellent les données de santé publique.
Inhalé en grandes quantités ou de façon répétée, ce gaz peut provoquer des brûlures, des troubles neurologiques sévères, des atteintes de la moelle épinière, des complications cardiovasculaires et des troubles psychiatriques. TF1 Info a récemment documenté le cas d’une jeune fille de 17 ans contrainte de réapprendre à marcher après une intoxication au protoxyde d’azote, illustration des séquelles parfois irréversibles.
En 2023, près de 500 cas graves liés au protoxyde d’azote ont été signalés par les centres d’addictovigilance, soit une hausse très nette en quelques années, ce que plusieurs spécialistes qualifient désormais de vrai problème de santé publique.
Roubaix en première ligne face à un « fléau »
À Roubaix, les bonbonnes abandonnées sur les trottoirs, dans les parcs ou les parkings font partie du décor depuis des années. Le maire Guillaume Delbar parle d’un « véritable fléau » pour la ville, entre risques sanitaires, nuisances et amas de déchets métalliques.
Face à cette explosion des usages, la commune a pris un arrêté le 24 juillet dernier pour interdire la détention, l’utilisation, la cession et la revente de protoxyde d’azote sur l’espace public. Des villes voisines comme Lille, Tourcoing ou Loos ont adopté des dispositifs similaires, afin de permettre aux polices municipales de verbaliser les consommateurs et de saisir les bonbonnes dans l’espace public.
Selon l’exécutif local, plus d’une centaine de verbalisations ont déjà été dressées à Roubaix depuis l’été et des livraisons ont été interceptées grâce aux caméras de vidéoprotection. Mais les élus reconnaissent que ces arrêtés ne peuvent presque rien contre l’achat en ligne et les livraisons à domicile.
Une affaire qui relance le débat national
La mort de Manel intervient alors que le cadre juridique évolue lentement. Depuis 2021, la vente de protoxyde d’azote est interdite aux mineurs, et le Parlement discute depuis plusieurs mois de textes visant soit à restreindre la vente aux seuls usages professionnels, soit à renforcer la pénalisation de l’usage détourné.
Dans la métropole lilloise, plusieurs drames récents liés au protoxyde d’azote, notamment un accident mortel à Lille où un conducteur est soupçonné d’en avoir consommé avant de faucher un étudiant, ont déjà poussé associations et élus à demander une réponse nationale plus ferme, associant interdiction mieux encadrée et prévention renforcée.
À Villeneuve-d’Ascq, le centre social où travaille la mère de la jeune fille organise dès ce lundi soir un temps de soutien à la famille et aux proches. À Roubaix, le nom de Manel s’ajoute à la liste des victimes d’un produit légal, mais massivement détourné, qui interroge le rapport d’une partie de la jeunesse à la fête, au risque et aux institutions. Reste désormais à la justice à établir précisément les causes de son décès, et au politique à décider jusqu’où aller pour tenter d’éviter de nouveaux drames.