Devant le Grand Théâtre de Bordeaux, le Collectif Enfantiste a organisé une action choc pour dénoncer les violences faites aux enfants. Selon le collectif, 42 enfants ont été tués en France depuis le 1er janvier, des chiffres qualifiés de “terrifiants” qui posent la question de la place réelle accordée à la protection de l’enfance.
Samedi 1er novembre, devant le Grand Théâtre de Bordeaux, le Collectif Enfantiste a mis en scène une cérémonie sobre mais choc pour dénoncer les violences faites aux enfants. Selon un reportage de France 3 Nouvelle-Aquitaine, le collectif affirme que 42 enfants ont été tués depuis le 1er janvier en France, un chiffre qualifié de “terrifiant” par ses membres.
Devant l’Opéra bordelais, de petits cercueils de papier alignés à côté de silhouettes d’enfants tracées au sol, quelques bougies, peu de mots. L’action du Collectif Enfantiste, fondé en 2022, voulait frapper les esprits et rappeler que chaque cercueil symbolise un enfant “tué volontairement ou par négligence”, explique Caroline Fabre, co-référente du collectif à Bordeaux.
Pour elle, un infanticide n’arrive jamais “par hasard”. Derrière chaque drame, il y aurait une succession de signaux ignorés, de marques de danger non prises en compte par les institutions comme par l’entourage. Le message adressé aux pouvoirs publics est direct: ces morts pourraient, pour partie, être évitées si les alertes étaient mieux prises au sérieux.
Une violence omniprésente dans la vie des enfants
Le Collectif Enfantiste milite pour la reconnaissance pleine et entière des droits de l’enfant et dénonce l’ampleur des violences subies par les mineurs. Dans son communiqué, il rappelle que ces violences peuvent se produire partout: à la maison, à l’école, à l’hôpital, dans les clubs de sport, les lieux de loisirs, les foyers sociaux, les institutions ou encore les lieux de culte.
Le collectif souligne aussi que 2025 a été marquée par des affaires comme celles de Bétharram ou de l’ex-chirurgien Joël Le Scouarnec, qui ont remis au premier plan la question des violences sexuelles sur mineurs. A ses yeux, ces dossiers ne sont pas des “faits isolés”, mais le symptôme d’une organisation sociale qui “sacrifie les enfants” et protège encore trop souvent les agresseurs.
Des chiffres que le collectif juge “terrifiants”
Les données mises en avant par le Collectif Enfantiste donnent l’ampleur du phénomène. En France, 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année, 73 000 seraient maltraités et près de 400 000 grandiraient dans un foyer où la violence conjugale est présente. Selon le collectif, 200 enfants subiraient quotidiennement des faits de maltraitance et tous les cinq jours, un enfant mourrait d’infanticide.
Caroline Fabre pointe un angle mort majeur: il n’existe pas de recensement officiel des infanticides, contrairement aux morts sur la route ou aux décès liés aux cancers. Les 42 enfants tués depuis le 1er janvier, dont 23 de moins de 3 ans, sont comptabilisés à partir de recensements associatifs et du travail d’une journaliste, précise-t-elle. Trente de ces morts seraient liées à des actes volontaires et non à une simple négligence, selon le collectif.
“L’enfant, dernière roue du carrosse”
Au-delà des chiffres, le Collectif Enfantiste pose un diagnostic politique et social. “On estime vraiment que l’enfant est la dernière roue du carrosse de la société”, affirme Caroline Fabre. Dans son communiqué, le collectif dénonce un système où la jeunesse est principalement perçue sous l’angle de la délinquance ou de l’obéissance, rarement comme un sujet de droits et de protection.
Les militants rappellent qu’environ 80 % des violences sexuelles commencent ou ont lieu avant la majorité. Malgré cela, lors des dernières campagnes électorales, aucun grand candidat n’aurait fait des violences faites aux enfants un axe structurant de son programme, regrette le collectif.
Vers une journée d’action nationale
L’action bordelaise s’inscrivait dans la préparation d’une journée d’action nationale, prévue le 15 novembre. Ce sera la troisième mobilisation de ce type organisée par le Collectif Enfantiste. Cette année, 62 organisations dans 32 villes de France sont annoncées participantes.
Objectif: rendre visibles les violences subies par les enfants, sortir l’inceste et les agressions sexuelles de leur invisibilité et mettre les responsables politiques face à leurs choix budgétaires et législatifs. Pour le collectif, le sujet ne peut plus rester cantonné à des “affaires” ponctuelles, au gré de l’actualité.
Former, prévenir, mieux protéger
Sur le plan concret, le Collectif Enfantiste formule plusieurs demandes. D’abord, la création d’un ministère de l’Enfance, clairement identifié, qui porterait une politique publique dédiée aux droits et à la protection des mineurs. Ensuite, la formation systématique de “tous les personnels en contact avec les enfants” : enseignants, soignants, éducateurs, travailleurs sociaux, encadrants sportifs ou religieux.
Le collectif insiste aussi sur l’importance d’une véritable politique de prévention à destination des parents, pour les accompagner dans leur parentalité et leur donner des repères clairs en matière d’éducation non violente. Il plaide enfin pour une facilitation du parcours d’avortement pour les personnes qui le souhaitent, estimant que cette possibilité reste encore méconnue et difficile d’accès pour certaines familles, alors qu’elle peut éviter des situations de détresse extrême.
En plaçant des cercueils de papier au coeur de l’espace public, les militants entendent forcer le débat: quelle place la société française accorde-t-elle réellement à la parole et à la protection des enfants, au-delà des discours de circonstance quand un drame éclate ?